Les origines de la planche à voile

Les origines de la planche à voile

Quand vous aurez goûté à la griserie de la vitesse sur une planche qui effleure à peine l’eau, quand vous aurez ressenti ce léger vertige que procurent les sauts de vague, vous saurez alors ce qu’est « la voile libre » et comprendrez pourquoi ce dernier-né des sports nautiques connaît un tel succès.

Notre but : vous séduire, vous guider, vous encourager à devenir un véritable « fan » d’un des loisirs sportifs les plus attrayants et les plus diversifiés : la planche à voile. Quel que soit le temps que vous lui consacrerez, vous ne vous ennuierez jamais, car la maîtrise du vent et des vagues n’est jamais acquise définitivement.

La planche à voile n’est pas une discipline des plus aisées, mais la persévérance est, dans ce domaine, presque toujours récompensée. Cet article retrace rapidement l’histoire toute récente de ce sport, décrit le processus de fonctionnement d’une planche et vous conseille sur les meilleures méthodes à suivre pour naviguer en toute sécurité. Vous progresserez avec assurance vers les techniques freestyle, spectaculaires et passionnantes.

Pour désigner ce sport, on utilise communément les termes de planche à voile ou de windsurfing. Nous parlerons ici de planche à voile, terme consacré dans tous les pays francophones. Le mot Windsurfer n’apparaîtra, avec un W majuscule, que pour désigner la marque commerciale.

Les origines

Deux hommes sont à l’origine de ce sport sous sa forme actuelle. Jim Drake et Hoyle Schweitzer, Américains, sont nés en Californie, la « patrie du surf ». S’il est vrai que la majeure partie des sports et d’autres loisirs en vogue viennent de cette partie du monde, l’idée de Drake et de Schweitzer devait pourtant dépasser de loin le stade d’une mode passagère.

Drake, passionné de voile, travaillait dans l’aéronautique. Schweitzer était un homme d’affaires doublé d’un excellent surfer. De leurs discussions devait jaillir l’idée révolutionnaire d’une planche de surf à voile. Drake y songeait depuis près de cinq ans. Sa première idée avait été de propulser une planche de surf au moyen d’un cerf-volant. Il avait imaginé diriger la planche avec un gouvernail actionné au pied, mais cette idée s’avéra irréalisable en pratique. Deux principes essentiels étaient toutefois connus.

D’une part, tout engin à voile peut être dirigé par la seule manœuvre de ses voiles, sans qu’il soit nécessaire de recourir à un gouvernail. D’autre part, une planche de surf est dirigée par la seule action du poids du corps.

Les deux hommes entreprirent de faire la synthèse de ces deux idées. Lors d’un voyage, Drake avait eu l’idée d’un mât mobile. À son retour, il en fit l’étude et fabriqua deux types de pied de mât mobiles. L’un n’était articulé que dans le sens avant-arrière, l’autre pouvait bas- culer dans tous les sens grâce à un joint universel.

Le premier système fut jugé peu pratique, mais le second présentait aussi quelques inconvénients. Il était, en particulier, difficile de remonter la voile quand elle était à l’eau ; de plus, une fois partie, la planche était instable, l’arrière dérapait et donnait une route en zigzags.

On résolut le premier problème en fixant un cordage à la bôme pour pouvoir relever plus facilement la voile, et le second en dotant la planche d’un aileron ar-rière permettant une route rectiligne. La bôme en deux arceaux, ou wishbone, qu’utilisait Drake n’était pas en elle-même une idée neuve, mais trouvait là une application nouvelle.

Dans le même temps, Schweitzer mettait au point une grande planche de surf capable de porter un gréement. Il adapta le système révolutionnaire de « voilure libre » à plusieurs unités de tailles et de formes diverses et les essaya en compagnie de ses amis. Des recherches d’amateur à la commercialisation, il n’y avait qu’un pas ; Schweitzer décida de faire breveter l’idée.

Les premières planches produites, les SK-8s (Skates) étaient, comme les planches de surf, fabriquées de manière artisanale et étaient d’un prix très élevé. Recherchant un matériau à la fois moins cher et plus résistant que la fibre de verre, Schweitzer pensa au polyéthylène qui était alors employé avec succès pour la fabrication du Frisbee. Il s’agissait là d’une application nouvelle pour ce matériau.

Dupont, le fournisseur du polyéthylène, fit publier un article qui devait donner une renommée mondiale à l’invention de Drake et Schweitzer. La Windsurfer était née. La publicité que fit Dupont à la Windsurfer déclencha un déluge de commandes en Europe, en particulier en Allemagne.

Apparurent alors les International Windsurfing Schools (IWS) qui mirent au point un simulateur permettant l’enseignement « à sec ». Tencate, une grande entreprise de textile hollandaise, s’y intéressa également et fabriqua des Windsurfer sous licence aux Pays-Bas. La production en série, alliée à l’enseignement des IWS, offrit une voie royale à la planche à voile.

La rareté relative des plans d’eau et la fraîcheur du climat européen ne devaient pas freiner son développement. Les planches commencèrent à se vendre par milliers et les ventes en Europe sur- passèrent bientôt celles aux U.S.A. Tencate commença à produire des Windsurfer en 1973 et fut bientôt suivie par d’autres entreprises qui se mirent à fabriquer des copies en fibre de verre moins chères, mais souvent de médiocre qualité.

Entre 1973 et 1978, on vendit environ 150 000 planches en Europe, dans une atmosphère de rivalité entre les différents fabricants. En effet, les entreprises qui avaient acheté la licence Windsurfer à Schweitzer, furent rapidement submergées par un grand nombre d’autres fabricants non licenciés ; ceci donna lieu à d’interminables conflits juridiques.

Ceux qui fabriquaient sans licence avaient un atout précieux de leur côté : Newman Darby. En 1965 Newman Darby, un Américain, avait publié un article dans le magazine Popular Science sous le titre percutant : « La planche à voile : un nouveau sport passionnant pour les amateurs de vitesse sur l’eau ». Il poursuivait en affirmant que c’était « … un sport si nouveau que moins de dix personnes l’ont maîtrisé à ce jour ». La planche dont parlait Darby était conçue pour naviguer le dos face à la voile.

Bien qu’elle n’ait pas eu de succès à l’époque, elle représentait pour certains un défi au brevet de Schweitzer pour produire à meilleur marché.

La Windsurfer

Les constructeurs du monde entier lui donnèrent très vite une diffusion internationale ; l’intérêt suscité par les régates entraîna la création d’une association mondiale de la série. Celle-ci était destinée à regrouper tous les propriétaires de Windsurfer et à fixer des règles de compétition au plan national et international.

La Windsurfer détenant à elle seule la plus grande partie du marché, il fut possible d’organiser des compétitions monotypes dans lesquelles les planches devaient être identiques, sans modification ni ajout. Chacun pouvait ainsi ne compter que sur ses forces et son habileté.

L’International Windsurfer Class Association (IWCA) a été récemment reconnue par l’International Yacht Racing Union (I Y RU), ce qui conféra à ce nouveau sport une certaine respectabilité. Un second élan lui fut donné quand le Comité Olympique réuni aux Jeux de Moscou décida que la planche à voile serait série olympique pour les Jeux de 1984.

En compétition, la Windsurfer présente quelques inconvénients qui se sont révélés au cours des années. Sa flottabilité relativement faible désavantage les grands gabarits par rapport aux plus légers. C’est pour cette raison qu’ont été créées quatre catégories selon le poids, plus une catégorie féminine.

Par ailleurs, les mâts en fibre de verre, très flexibles, ont tendance à se courber exagérément par vent fort, ce qui déforme la voile et rend la planche extrêmement difficile à manier.

Un autre reproche peut être fait au wishbone en teck qui, bien que robuste, est aussi très lourd et moins pratique que le wishbone ordinaire en aluminium

La Windglider

La Windglider est fabriquée sous licence en Allemagne, où elle est largement diffusée et où elle a pris à la Windsurfer la place de leader. Elle a une meilleure flottabilité que la Windsurfer, ce qui la rend plus facile à manier par les personnes de grand gabarit.

Elle est aussi plus rapide, en raison de la légèreté de son wishbone en aluminium et de sa voile plus grande. La grande supériorité de la Windglider en vitesse pure fut remarquablement mise en évidence par la performance du Hollandais Dirk Thijs qui stupéfia le monde de la voile au concours de vitesse de Weymouth en 1977, en établissant le premier record du monde dans la catégorie des engins à voile disposant de moins de 10 m2 de voilure. Sur une Windglider spécialement allégée, il atteignit la vitesse de 19,01 nœuds (35,37 km/h) ; ceci fit faire un bon prodigieux aux ventes de cette planche.

Elle tient maintenant le deuxième rang mondial et une association semblable à celle de la Windsurfer a été créée et reconnue par l’I Y RU. Ces événements ont suscité un intérêt grandissant pour les planches à voile. Le succès remporté par ce type de compétition a encouragé la fabrication de planches rapides et très voilées. Jamais l’avenir n’a paru aussi prometteur, tant sur le plan des loisirs que sur celui de la compétition. De plus en plus de gens s’initient à la planche à voile et le fait qu’il s’agisse maintenant d’un sport olympique attire d’ autant plus l’attention du public sur elle.

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